Comment reconnaître une création authentique de Mithé Espelt ?

Reconnaître une création authentique de Mithé Espelt grâce aux signatures, aux émaux et aux détails de fabrication qui distinguent ses pièces uniques et recherchées par les collectionneurs

ARTISTES & CRÉATEURS

6/22/20267 min lire

Vous avez hérité d'un miroir en céramique dorée, d'une boîte à bijoux émaillée ou d'une plaque murale aux motifs foisonnants ? Dans le marché de l'art actuel, le nom de Mithé Espelt (1923-2020) n'est plus un secret pour les collectionneurs avertis. Depuis la redécouverte de son œuvre à partir de 2020 et la mise aux enchères de la collection Antoine Candau en 2023, les pièces de cette céramiste provençale font l'objet d'une véritable ruée. Les adjudications peuvent dépasser 10 000 euros pour un miroir exceptionnel, là où un objet non identifié part parfois pour quelques dizaines d'euros en vide-grenier.

Mais reconnaître une création authentique de Mithé Espelt n'est pas une mince affaire. Quelques indices précis, connus des spécialistes, permettent de trancher. Ce guide vous les détaille, étape par étape.

Qui était Mithé Espelt, et pourquoi ses œuvres font-elles l'objet d'une telle ferveur ?

Née Marie-Thérèse Espelt en 1923 à Lunel, dans l'Hérault, Mithé Espelt grandit dans un environnement profondément marqué par l'art. Son grand-père, Edmond Baissat, propriétaire terrien et sculpteur, ami proche de Frédéric Mistral et du peintre Jean Hugo, l'initie très tôt à la sensibilité artistique méditerranéenne. À seize ans, elle intègre l'École des Beaux-Arts de Montpellier, où elle côtoie des personnalités comme Pierre Soulages.

En 1947, elle installe son premier atelier à Aigues-Mortes, au cœur de la Camargue, territoire qui irrigue toute son œuvre. Pendant plus de cinquante ans, elle y développe un style immédiatement reconnaissable, fait de faïence fine, d'émaux irisés et d'or craquelé. Sa période la plus recherchée par les collectionneurs couvre les années 1960-1980, son âge d'or créatif.

Ce regain d'intérêt s'explique aussi par une forte médiatisation : l'émission Affaire Conclue a contribué à faire connaître son œuvre au grand public, entraînant une hausse sensible des prix sur le marché de l'art et un afflux de nouveaux collectionneurs.

Quels motifs et techniques définissent l'univers artistique de Mithé Espelt ?

Pour authentifier une pièce, il faut d'abord savoir ce que l'on cherche. L'univers plastique de Mithé Espelt est cohérent et reconnaissable, à condition d'en maîtriser les codes.

Un vocabulaire de formes ancré dans la Méditerranée

Les sujets traités par Mithé Espelt sont directement issus du territoire camarguais et méditerranéen :

  • Taureaux, chevaux et flamants roses, symboles de la faune camarguaise ;

  • Oiseaux (colombes, paons) représentant la liberté et la grâce ;

  • Fleurs stylisées, anémones, soleils et rinceaux floraux ;

  • Motifs géométriques d'inspiration byzantine et gothique, notamment sur ses miroirs.

Ses créations couvrent un large spectre d'objets : miroirs muraux, boîtes à bijoux, coffrets, plaques décoratives, croix ornementales, bibelots, broches en céramique. Chaque pièce témoigne d'un soin artisanal exceptionnel, sans bavures ni imperfections.

Des émaux irisés et un or craquelé uniques au monde

La technique est l'un des marqueurs d'authenticité les plus fiables. Mithé Espelt travaille la faïence fine, à pâte blanche, qu'elle recouvre d'émaux aux qualités optiques particulières :

  • Des émaux uniformes et très lisses, aux couleurs vives et saturées.

  • Des reflets irisés ou nacrés, obtenus par des cuissons parfaitement maîtrisées.

  • Son or craquelé : un réseau de fines fissures traversant la dorure, qui confère aux pièces une profondeur singulière. C'est sa marque esthétique la plus immédiatement identifiable.

Quels indices permettent de reconnaître une pièce de Mithé Espelt à coup sûr ?

C'est ici que l'expertise prend tout son sens. Car Mithé Espelt a délibérément choisi de compliquer la tâche des amateurs.

L'absence de signature conventionnelle, une décision assumée

En 1952, Mithé Espelt prend une décision radicale : elle renonce à signer ses œuvres de manière conventionnelle. Cet acte militant, revendiqué par cette femme discrète et généreuse, signifie qu'il est vain de chercher un monogramme gravé ou une signature manuscrite sur la face de ses céramiques. L'absence de signature n'est donc pas un défaut : c'est, paradoxalement, un premier indice d'authenticité pour qui connaît l'artiste.

La feutrine verte au dos des miroirs, le signe d'attribution le plus fiable

Le marqueur d'authenticité le plus connu des spécialistes est la feutrine verte appliquée au revers de ses miroirs. Cette protection textile, d'un vert caractéristique, constitue ce que les commissaires-priseurs appellent une marque de fabrique informelle. Sa présence, attestée dans de nombreux catalogues de ventes publiques (Piasa Paris, Artflow Enchères, Farran Enchères), est un signal fort.

Attention cependant : la feutrine verte est une condition nécessaire mais non suffisante. Elle doit être associée à d'autres critères :

  • La qualité des émaux (uniformité, brillance, lissé irréprochable) ;

  • La présence d'or craquelé, et non d'un or simplement brossé ;

  • La cohérence stylistique des motifs avec l'univers connu de l'artiste ;

  • L'état général et les finitions sans défaut de la pièce.

Un certificat d'authenticité, délivré par un expert reconnu ou par une galerie spécialisée, reste le document le plus solide pour sécuriser une acquisition ou préparer une mise en vente.

Comment ne pas confondre une œuvre de Mithé Espelt avec celle de François Lembo ?

C'est la confusion la plus fréquente sur le marché, et la plus coûteuse. François Lembo (1930-2013), céramiste de Vallauris, a produit des miroirs en céramique dorée ornés de cabochons et des croix décoratives qui ressemblent fortement, à première vue, aux créations de Mithé Espelt. Voici comment les distinguer :

  • L'or : Mithé Espelt utilise systématiquement un or craquelé (réseau de fissures visible). François Lembo privilégie un or brossé, au rendu mat et différent.

  • Les émaux : ceux de Mithé Espelt sont plus lisses et plus uniformes. Ceux de Lembo tendent à paraître plus irréguliers dans leurs couleurs.

  • La palette : Mithé Espelt opte pour des tons vifs, lumineux, solaires. Les cabochons de Lembo tendent vers le rouge grenat, le vert foncé ou le bleu nuit.

  • La signature : Lembo signait ses pièces, souvent avec la mention « F Lembo » manuscrite ou tamponnée. Ses objets ne comportent pas de feutrine verte au dos.

  • Les inspirations : si Mithé Espelt oscille entre Méditerranée et art médiéval, Lembo pousse ses références du côté de l'art byzantin et de l'Orient.

Cette erreur d'attribution a des conséquences financières concrètes : un miroir de Mithé Espelt peut s'adjuger entre 100 et 12 000 euros, là où un Lembo comparable dépasse rarement 1 700 euros en salle des ventes.

Quelle est la valeur d'une œuvre de Mithé Espelt sur le marché de l'art aujourd'hui ?

Depuis le décès de l'artiste en 2020 et la vacation de la collection Antoine Candau en 2023, la cote de Mithé Espelt est en progression constante. Les fourchettes de prix observées lors des ventes aux enchères récentes sont les suivantes :

  • Miroirs : de 100 euros (petit format, état moyen) à 12 000 euros (pièce majeure, parfait état) ;

  • Boîtes et coffrets : de 100 à 2 500 euros ;

  • Plaques décoratives et croix : de 100 à 1 500 euros ;

  • Pièces exceptionnelles (grandes dimensions, thèmes rares) : jusqu'à 54 000 euros.

Plusieurs facteurs influencent la valeur vénale d'une pièce :

  • La rareté du modèle et de ses dimensions ;

  • La période de création (les pièces des années 1960-1980 sont les plus prisées) ;

  • L'état de conservation, notamment l'intégrité des émaux et de la dorure ;

  • La provenance documentée et l'existence d'un certificat d'authenticité ;

  • Le passage attesté en salle des ventes reconnue (Drouot, Piasa, Christie's, etc.).

Vous souhaitez connaître la valeur de votre pièce ?

Comment faire authentifier et estimer une création Mithé Espelt ?

Face à une pièce dont l'attribution vous semble probable mais incertaine, plusieurs voies s'offrent à vous.

La première étape est l'examen visuel rigoureux : comparez la pièce aux œuvres répertoriées dans les catalogues de ventes publiques (Piasa, Artflow Enchères, Drouot) et vérifiez la cohérence stylistique et technique avec le corpus connu de l'artiste.

La deuxième étape est de consulter un professionnel. Un commissaire-priseur ou un expert en art décoratif du XXe siècle pourra examiner la pièce, évaluer sa technique, sa patine et son style, et émettre un avis d'expertise formalisé. Cette prisée est indispensable dès lors que vous envisagez une mise en vente, que ce soit dans le cadre d'une succession, d'une donation ou d'une vacation aux enchères.

Les maisons de ventes proposent généralement des séances d'expertise gratuite lors desquelles vous pouvez présenter vos objets. C'est la démarche la plus sûre pour obtenir une estimation sérieuse et disposer d'un document de référence opposable.

Reconnaître une création authentique de Mithé Espelt demande de l'attention, mais les indices sont là : l'or craquelé, les émaux d'une régularité remarquable, les motifs méditerranéens foisonnants, et surtout la feutrine verte caractéristique au dos des miroirs. Dans un marché en pleine effervescence, une erreur d'attribution peut représenter plusieurs milliers d'euros perdus ou, à l'inverse, un trésor ignoré. Ne laissez pas le hasard décider de la valeur de votre patrimoine : faites appel à un expert avant d'acheter, de vendre ou de transmettre.

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